Le Chant du Béton
Un parcours photographique à travers l’histoire de l’architecture moderne en France, au fil d’ouvrages en béton armé. Des lignes les plus sobres aux formes les plus audacieuses, la lumière révèle une matière capable de puissance comme de délicatesse. Chaque bâtiment témoigne d’une époque, d’une pensée constructive et d’une manière d’imaginer les lieux que nous habitons.
1900
Architecte : Édouard Arnaud
Ingénieur : François Hennebique
L’immeuble de la rue Danton illustre les premières applications du béton armé à la construction urbaine. Le système Hennebique associe poteaux, poutres et planchers dans une ossature solidaire, réduisant le rôle porteur des murs. Derrière une façade encore attachée aux conventions de son époque, cette organisation constructive ouvre la voie à des espaces plus libres et à de plus grandes ouvertures.
1903
Paris 16ᵉ — 25 bis, rue Franklin
Architecte : Auguste et Gustave Perret
Dans cet immeuble de logements, les frères Perret font du béton armé le principe organisateur de l’architecture. L’ossature permet d’alléger les murs et d’ouvrir largement les pièces sur la lumière. En façade, les revêtements de céramique d’Alexandre Bigot distinguent la structure des remplissages. Le retrait central apporte de la profondeur à la composition tout en améliorant l’éclairage des appartements.
1920
CHEVALEMENT DUTEMPLE — PUITS N° 2
Localisation : Valenciennes, Nord
Compagnie minière : Compagnie des mines d’Anzin
Le chevalement du puits nº 2 de Dutemple transpose en béton armé les formes des structures métalliques minières. Une ossature verticale, épaulée par des jambes de force inclinées, supportait les équipements nécessaires à l’extraction. La construction exprime directement les efforts qu’elle doit reprendre. Conservé après la disparition de l’activité, ce squelette monumental inscrit la mémoire du travail industriel dans le paysage valenciennois.
1923
ÉGLISE NOTRE-DAME DU RAINCY
Notre-Dame de la Consolation
Architectes : Auguste et Gustave Perret
De fines colonnes en béton armé soutiennent les voûtes et dégagent une nef largement ouverte. Libérées de leur fonction porteuse, les parois deviennent des claustras préfabriqués accueillant les vitraux. La répétition d’un nombre limité d’éléments répond à une recherche d’économie constructive. Elle produit pourtant un espace d’une grande richesse, où la lumière colorée atténue la présence du béton et accompagne la profondeur de l’édifice.
1925
TOUR PERRET — GRENOBLE
Architectes : Auguste et Gustave Perret
Construite pour l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, la tour est conçue comme un belvédère sur Grenoble et les montagnes. Huit piliers en béton armé constituent son ossature, complétée par de minces parois et des éléments ajourés. Le rythme des supports et des ouvertures accentue l’élancement de l’ouvrage, donnant au matériau une expression à la fois monumentale et légère.
1926
CHARPENTE DE LA CATHÉDRALE NOTRE-DAME DE REIMS
Architecte : Henri Deneux
Après l’incendie de 1914, Henri Deneux remplace la charpente en bois par une structure composée de petits éléments préfabriqués en ciment armé. Inspirées du procédé de Philibert Delorme, ces pièces sont assemblées par mortaises et clavettes. Leur répétition dessine un réseau de lignes et de diagonales sous la toiture. Une technique moderne participe ainsi à la restauration du monument, tout en conservant la silhouette de sa couverture.
1927
CASINO MUNICIPAL — BIARRITZ
Architecte : Alfred Laulhé
Face à l’océan, le Casino municipal affirme une architecture Art déco aux volumes géométriques nettement dessinés. Le béton armé, recouvert d’un enduit blanc, permet d’associer monumentalité, reliefs et finesse des éléments décoratifs. Auvents et décrochements accrochent la lumière maritime. La blancheur de l’enveloppe unifie la composition et donne à cet équipement de loisirs une présence forte sur le front de mer.
1931
VILLA SAVOYE — POISSY
Architectes : Le Corbusier et Pierre Jeanneret
Élevée sur pilotis, la villa Savoye réunit les principes d’une architecture nouvelle : plan libre, façade libre, fenêtres en bandeau et toit-jardin. L’ossature en béton armé dissocie les murs de leur fonction porteuse et permet d’organiser librement les espaces. Une rampe relie les niveaux jusqu’au toit-terrasse, transformant la découverte de la maison en une promenade entre lumière, cadrages et paysage.
1932
GARAGE HÉLICOÏDAL — GRENOBLE
Concepteurs : Louis Fumet et Louis Noiray, géomètres-experts
Derrière une façade Art déco, une rampe continue dessert les garages en s’enroulant autour d’une cour couverte d’une verrière. Des poutres rayonnantes en béton armé relient les piliers intérieurs aux boxes périphériques et soutiennent la circulation. La répétition constructive accompagne le mouvement des véhicules. Courbes superposées et lumière zénithale donnent à cet équipement utilitaire une spatialité qui dépasse sa seule fonction.
LE GRAND REX — PARIS
Architectes : Auguste Bluysen, avec John Eberson
Décorateur : Maurice Dufrêne
Le Grand Rex transpose à Paris l’ambition des grands cinémas américains. Sa façade Art déco et sa tour d’angle signalent le spectacle sur les Grands Boulevards. La construction en béton armé enduit accueille une salle atmosphérique où architectures méditerranéennes et ciel étoilé composent l’illusion d’un espace extérieur. Structure, décor et éclairage participent à une même mise en scène du cinéma.
1934
ÉGLISE SAINT-JACQUES-LE-MAJEUR — MONTROUGE
Architecte : Éric Bagge
L’église repose sur une ossature de portiques articulés en béton armé, qui dégagent une nef d’environ vingt mètres de hauteur. Les plaques de béton préfabriquées assurent le remplissage de l’enveloppe, distinct de la structure porteuse. Le plafond plat et la répétition des éléments donnent à l’espace une grande unité. Les vitraux modulent la lumière et soulignent le chœur dans cette architecture aux volumes dépouillés.
1937
1937 — ÉGLISE SAINT-JEAN-BOSCO, PARIS
Architectes : Dumitru Rotter et son fils René Rotter
Saint-Jean-Bosco associe une construction en béton armé à un riche décor Art déco. Son clocher élancé et ses volumes étagés affirment sa présence dans le quartier. À l’intérieur, les claustras filtrent la lumière tandis que mosaïques, vitraux, peintures et sculptures accompagnent l’architecture. Le béton devient le support d’une œuvre collective où la structure et l’ornement contribuent ensemble à l’expression du sacré.
1942
1943
1942–1944 — BLOCKHAUS DU MUR DE L’ATLANTIQUE
Conception : services du génie militaire allemand ; réalisation dans le cadre de l’Organisation Todt
Localisation : littoral landais et Longues-sur-Mer, Calvados
Éléments du Mur de l’Atlantique, ces ouvrages emploient le béton armé pour protéger les armes et leurs servants. Murs épais, couvertures massives et ouvertures réduites répondent à la résistance recherchée face aux bombardements. À Longues-sur-Mer, les casemates organisent une batterie côtière ; sur les plages landaises, le recul des dunes révèle les volumes autrefois dissimulés. Ces vestiges confrontent la mémoire de la guerre à la transformation du paysage.
1944
PORT ARTIFICIEL D’ARROMANCHES
Nom : Mulberry B, également appelé Port Winston
Conception : ingénieurs civils et militaires britanniques
Le port artificiel Mulberry B est assemblé à partir d’éléments fabriqués en Grande-Bretagne puis remorqués jusqu’aux côtes normandes. Ses caissons Phoenix, de grandes structures creuses en béton armé, sont immergés pour constituer des digues protectrices. Le béton devient ici mobile avant de former une infrastructure. Les vestiges dessinent une ligne discontinue dans la mer, mémoire matérielle d’un équipement conçu pour les besoins du Débarquement.
1946
Palais d’Iéna
Architecte : Auguste Perre
Conçu pour le musée national des Travaux publics, le palais d’Iéna donne au béton armé apparent une expression monumentale inspirée du classicisme. Dans la salle hypostyle, les colonnes s’élargissent vers le haut pour exprimer leur liaison avec les poutres. La régularité de l’ossature, la finesse des proportions et les grandes baies composent un espace où la structure devient le principal élément du dessin architectural.
1952
CITÉ RADIEUSE, MARSEILLE
Architecte : Le Corbusier
L’Unité d’habitation rassemble logements, rues intérieures, commerces et équipements collectifs dans un même bâtiment. Une ossature en béton armé portée par de puissants pilotis accueille les cellules d’habitation, majoritairement en duplex. Le béton brut conserve les empreintes du coffrage, tandis que les loggias et leurs couleurs animent les façades. Cette ville verticale propose un équilibre nouveau entre intimité domestique et vie collective.
TOUR PERRET, AMIENS
Architecte : Auguste Perret
Conçue pour la reconstruction du quartier de la gare, la tour Perret transpose la figure du beffroi dans un immeuble de grande hauteur. Son ossature en béton armé organise une trame régulière, lisible dans les façades. La répétition des travées et l’élancement des lignes associent rationalité constructive et composition classique. Achevée dans son élévation en 1952, la tour est aménagée ultérieurement en logements et bureaux.
1953
BARRAGE DE LA GRANDE DIXENCE — HÉRÉMENCE, SUISSE
Haut de 285 mètres, ce barrage-poids oppose à la poussée de l’eau près de six millions de mètres cubes de béton. Sa paroi monumentale inscrit la géométrie de l’ouvrage dans le paysage alpin.
1954
ÉGLISE SAINTE-THÉRÈSE-DE-L’ENFANT-JÉSUS — METZ
Architecte : Roger-Henri Expert
Commencée avant la guerre et inaugurée en 1954, Sainte-Thérèse transpose l’élancement gothique dans une architecture en béton armé. Seize piliers obliques se rejoignent par couples pour former huit grandes travées culminant à trente mètres. Les vitraux-claustras de Nicolas Untersteller diffusent une lumière colorée autour de cette ossature puissante. La structure dessine le volume de la nef tout en donnant son rythme à l’espace intérieur.
1955
CHAPELLE NOTRE-DAME-DU-HAUT — RONCHAMP · 1950–1955
Architecte : Le Corbusier
Sur la colline de Ronchamp, une toiture sculpturale en béton domine des murs courbes percés d’ouvertures profondes. La couverture repose sur des poteaux en béton armé intégrés aux murs ; un mince intervalle lumineux souligne son indépendance et lui donne l’apparence d’une masse suspendue.
À l’intérieur, les embrasures irrégulières et les tours de lumière modulent l’éclairage des espaces de prière. Le béton participe à une architecture où la courbe, l’épaisseur et la lumière composent une expérience intime du lieu, en relation avec le paysage environnant.
1957
ÉGLISE SAINT-REMY — BACCARAT
Architecte : Nicolas Kazis
Reconstruite après la destruction de l’ancienne église en 1944, Saint-Remy développe une composition géométrique placée sous le signe du triangle, symbole de la Trinité. Son architecture associe le béton à un travail de la lumière étroitement lié au savoir-faire verrier de Baccarat.
Les verrières réunissent près de 20 000 pièces de cristal, déclinées en plus de 150 teintes et enchâssées dans le béton. Réalisées avec les artistes du groupe Témoignage, elles transforment les parois en surfaces lumineuses. La matière minérale devient ainsi le cadre d’une composition où couleur, lumière et architecture sont indissociables.
1958
ÉGLISE NOTRE-DAME — ROYAN
Architectes : Guillaume Gillet et Marc Hébrard
Ingénieurs : Bernard Laffaille, puis René Sarger
Symbole de la reconstruction de Royan, Notre-Dame déploie une ossature de piliers en V en béton armé autour d’une nef elliptique. Leur géométrie assure la rigidité des supports tout en accentuant l’élancement de l’édifice. Une couverture en voile mince de béton franchit l’espace intérieur sans appuis intermédiaires.
Entre les supports, les verrières introduisent une lumière qui souligne la verticalité et la profondeur de la nef. La puissance du béton apparent et la finesse de la couverture donnent à cette église une monumentalité fondée sur l’expression de sa structure.
1960
COUVENT SAINTE-MARIE DE LA TOURETTE — ÉVEUX · 1953–1960
Architecte : Le Corbusier, avec la collaboration de Iannis Xenakis
Implanté sur un terrain en pente, le couvent associe une ossature en béton armé sur pilotis au volume fermé de l’église. Les cellules et les espaces collectifs s’organisent autour d’une cour, dans une composition où le béton brut conserve les empreintes du coffrage.
Les pans de verre ondulatoires conçus avec Iannis Xenakis introduisent un rythme variable dans les façades. La lumière accompagne les circulations et différencie les lieux de vie, d’étude et de prière. La rigueur constructive devient ainsi le cadre d’une expérience sensible, entre communauté, solitude et paysage.
1961
MUR DE BERLIN — ALLEMAGNE · 1961–1989
Construction : autorités de la République démocratique allemande
Érigé pour empêcher les départs vers l’Ouest, le mur transforme le béton en instrument de séparation. Perfectionnée à partir de 1975, sa dernière génération assemble des éléments préfabriqués en L d’environ 3,60 mètres de hauteur, surmontés d’un couronnement arrondi. Cette paroi appartient à un dispositif plus vaste de surveillance et d’obstacles.
Son ouverture, le 9 novembre 1989, change la signification de l’ouvrage. Les fragments conservés deviennent des supports de mémoire. En clôture du Chant du béton, le mur interroge la portée politique du matériau : sa capacité à construire le monde commun, mais aussi à le diviser.
1962
COUVENT SAINTE-MARIE DE LA TOURETTE — ÉVEUX · 1953–1960
Architecte : Le Corbusier, avec la collaboration de Iannis Xenakis
Implanté sur un terrain en pente, le couvent associe une ossature en béton armé sur pilotis au volume fermé de l’église. Les cellules et les espaces collectifs s’organisent autour d’une cour, dans une composition où le béton brut conserve les empreintes du coffrage.
Les pans de verre ondulatoires conçus avec Iannis Xenakis introduisent un rythme variable dans les façades. La lumière accompagne les circulations et différencie les lieux de vie, d’étude et de prière. La rigueur constructive devient ainsi le cadre d’une expérience sensible, entre communauté, solitude et paysage.